LES DÉPUTÉS ont adopté, lundi 26 janvier, le principe d’une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. La France, après l’Australie, prend le sujet à bras le corps. L’Italie et l’Espagne devraient se doter d’une législation comparable. Cette disposition est l’aboutissement de nombreux travaux et rapports ayant souligné la nocivité des plateformes pour les mineurs. Mais au regard des enjeux collectifs, l’addiction des adultes pose aussi question.
Quelle est la situation ?
LE RISQUE d’addiction et de conduites dangereuses touche les enfants dès l’école primaire. Du CP au CM2, deux élèves sur trois sont déjà inscrits sur les réseaux sociaux. L’interdiction supposée déjà s’appliquer aux moins de 13 ans est donc ineffective. Au total, 86 % des 8–18 ans ont un compte sur une plateforme, selon l’association e‑Enfance, citée dans le rapport parlementaire sur TikTok mené par la députée Laure Miller, également autrice de la proposition de loi adoptée lundi.
Chez les ados, 58 % des 12–17 ans consultent les réseaux tous les jours. Ils y consacrent en moyenne 3 heures et 11 minutes, soit 27 minutes de moins que les 15–24 ans mais 1h15 de plus que l’ensemble de la population.
Les adultes fragilisés
TOUS ÂGES CONFONDUS, deux Français sur trois « scrollent » plusieurs fois par jour. Selon Médiamétrie, le temps passé sur les plateformes et messageries a augmenté de 86 % entre 2020 et 2025 et le nombre d’utilisateurs a explosé : + 347% pour Facebook, +354% pour TikTok.
Une enquête Cluster17-Sciences Po Lille publiée en décembre 2025 montre que le phénomène d’addiction est certes admis par les 18–24 ans : 71% d’entre eux reconnaissent, à des degrés divers, avoir du mal à décrocher de leur écran, même en étant conscients d’y passer trop de temps. Mais il est aussi très prégnant chez les adultes. La proportion « d’accros » est de 66% chez les jeunes trentenaires, 48% entre 35 et 49 ans, et encore de 35% entre 50 et 64 ans, et 30% au-delà de 65 ans, soit près d’un senior sur trois.
Des conséquences politiques
LE PROCESSUS ADDICTIF est bien documenté : les images-capteurs d’attention, les bulles algorithmiques et le déclenchement d’affects négatifs (indignation, peur, jalousie…) créent chez les utilisateurs un état de dépendance. Les conséquences individuelles vont de la radicalisation au suicide en passant par la désocialisation ou la surconsommation d’aliments gras et sucrés : 25% des Français augmentent leur ingestion de sodas, confiseries et snacks devant leur smartphone ou leur ordinateur, selon la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.
Les risques politiques, eux, ont été décrits par Gérald Bronner, notamment dans son ouvrage Apocalypse cognitive (PUF, 2021). Le sociologue, qui s’appuie sur les sciences cognitives, explique comment la massification des émotions négatives et la substitution des écrans au monde réel constituent des vecteurs très favorables aux partis situées aux extrêmes de l’échiquier, encourageant les solutions simplistes voire violentes.
FONDAMENTAL.FR